Le livre des morts des Anciens Égyptiens a pour véritable titre, à l'époque de l'Égypte antique, livre pour sortir au jour. Le « jour » en question est celui des vivants, mais aussi de tout principe lumineux s'opposant aux ténèbres, à l'oubli, à l'anéantissement et à la mort. Dans cette perspective, le défunt Égyptien cherche à voyager dans la barque du dieu soleil Rê et à traverser le royaume d'Osiris (version nocturne du soleil diurne en cours de régénération).

Il s'agit de rouleaux de papyrus, recouverts de formules funéraires, placés à proximité de la momie ou contre celle-ci, dans les bandelettes. Ces différents exemplaires du « Livre des morts » ne sont pas tous identiques, car le bénéficiaire choisit les formules qui lui conviennent, probablement en fonction de ce qu'il peut s'offrir car ces manuscrits représentent un investissement non négligeable. Certains peuvent donc être courts, alors que d'autres reproduisent l'ensemble, ou presque, du corpus.

 

Le plus souvent, les rouleaux de papyrus sont couverts d'inscriptions en cursive hiéroglyphique à l'encre noire, l'encre rouge étant utilisée pour les titres, les passages les plus importants, ou pour écrire le nom de certains dieux. Au-dessus du texte, ou occupant toute la largeur du papyrus, des vignettes, souvent en couleur, montrent le défunt face aux êtres de l'au-delà. L'iconographie la plus célèbre représente le jugement du trépassé - ou pesée du cœur - dans le tribunal d'Osiris. Sur une balance à deux plateaux on compare le poids du cœur du défunt, représentant sa conscience, et celui de la plume de la déesse Maât, déesse de la vérité et de la justice. À proximité de la balance, un monstre hybride à tête de crocodile, à corps et pattes avant de lion et à l'arrière-train et pattes arrière d'hippopotame, la « Dévoreuse », attend le verdict...


 

Dans le « Livre des morts », les éléments psychiques bâ et ka sont omniprésents. Tout deux se rapprochent le plus de notre conception de l'âme. Parmi les autres éléments de la personnalité on peut aussi citer l'ombre (shout) et le nom (ren).

Le bâ est l'aspect de la personnalité du défunt qui évolue le plus librement ; c'est lui qui sort au jour hors de la tombe. Il est représenté comme un oiseau à tête humaine. Pour maintenir l'unité de la personne, les relations qu'entretiennent le bâ et la momie sont des plus importantes.

Le ka est le principe de la vie. Il évolue dans la tombe avec le corps. Pour se maintenir il se nourrit des offrandes funéraires de nourritures, d'eau et d'encens. Si les prêtres viennent à défaillir dans leurs services, des formules du « livre des morts » sont présentent pour continuer à satisfaire le ka.

Le ren est nom de la personne et constitue une part de l'individualité du défunt. Pour le faire survivre, il est inscrit en de multiples endroits et est protégé par des formules.

Si tous ces aspects de la personnalité sont préservés et satisfaits, le défunt peut vivre comme un akh, un esprit bienheureux, en la compagnie des dieux. Les Égyptiens ne traçaient pas vraiment une ligne de séparation entre les notions de corps et âme. La séparation jouait plus entre la différenciation du « moi physique » (corps, organes, bâ et ombre) avec le « moi social » (ka, nom, statut social lié à la momie) ; ces deux sphères se rejoignant à l'intersection que forme le cœur.

 

Les conceptions égyptiennes de la mort, de l'âme et de la vie éternelle sont complexes. De multiples traditions locales et temporelles se sont enchevêtrées. Ce fait apparait indéniablement dans les formules du « Livre des morts ». La mort signifie pour un ancien Égyptien la désintégration de l'existence car il se produit une dissociation des différents éléments constitutifs de la personnalité. Chaque aspect semble alors mener une existence propre. Les rites funéraires ont pour objectif de nouer de nouvelles relations entre les diffé Le rituel funéraire vise à séparer l'âme-bâ de la momie. Dans le « livre des morts », l'Au-delà est divisé entre ciel et monde souterrain. La dépouille est destinée pour la terre et repose dans son tombeau. La Douât représente ce monde souterrain où les corps demeurent cachés. Le bâ n'est pas destiné à rester avec la momie. Cet élément est représenté comme un oiseau à tête humaine. La place du bâ est donc dans le ciel. rentes composantes de l'être.

 

Composants physiques

 

La momification sert à préserver les éléments physiques. Le corps, malgré le trépas, reste le support de l'existence. De nombreuses formules du « livre des morts » ont pour thème cette préservation. Sans doute ont elles été prononcées lors du processus de la momification du corps. Pour désigner ce dernier, les Égyptiens utilisent les mots djet (corps), khat (dépouille) et sah (momie). La momie est protégée par plusieurs amulettes. Cette pratique est mentionnée dans le « livre des morts » ; surtout dans les formules 154 à 160. Le cœur est considéré comme le siège de la conscience et de la mémoire ; aussi est-il protégé par des formules spécifiques. L'amulette protégeant le cœur est celle qui est la plus nécessaire au défunt au vu du nombre de formules qui l'évoquent). Cette dernière représente un scarabée, symbole de Khépri, le dieu des transformations solaires.

 

Séparation : Sortir au jour

 

Le rituel funéraire vise à séparer l'âme-bâ de la momie. Dans le « livre des morts », l'Au-delà est divisé entre ciel et monde souterrain. La dépouille est destinée pour la terre et repose dans son tombeau. La Douât représente ce monde souterrain où les corps demeurent cachés. Le bâ n'est pas destiné à rester avec la momie. Cet élément est représenté comme un oiseau à tête humaine. La place du bâ est donc dans le ciel. Cette distinction se fait, dans les exemplaires complets de la recension saïte, dès les premières formules du livre. Le chapitre 1B s'intitule « Formule pour faire descendre la momie dans la Douat, le jour de la mise en terre. ». Mais l'accent et bien plus mis sur la destiné du bâ. Les chapitres 2 et 3 sont des « formule(s) pour sortir au jour ; vivre après la mort » . Le chapitre 169 résume cette dichotomie tout en mentionnant l'importance du cœur :

« On t'a rendu ton cœur de ta mère, le viscère du cœur de ton corps ; on a placé ton âme-bâ au ciel, ton corps dans la terre. »

Si le rôle majeur de tous ces textes est d'éloigner l'âme-bâ de la momie, cette dernière ne doit cependant pas être définitivement délaissée.

 

Magie

 

La magie est présente dans tous les textes funéraires égyptiens. Cet élément imprègne donc toutes les formules du livre des morts. Dans les textes des pyramides, le prêtre ritualiste tient une place prépondérante. C’est à travers les paroles qu’il récite que les rois de l’Ancien empire peuvent s’élever vers l'Au-delà. Dans les formules du livre des morts, les ritualistes du monde des vivants n’ont que peu de place. L’essentiel de l’action magique a été transférée vers les défunts du monde de l’Au-delà. Les formules du livre des morts sont en effet rédigées de telle sorte qu’elles semblent être la propre création du défunt. Au Nouvel empire, ce ne sont plus les rituels des prêtres qui protègent magiquement le défunt ; c’est le défunt qui se protège lui-même avec son propre rituel. Il est un magicien qui agit pour lui-même. Son langage et ses paroles ont un pouvoir de persuasion et de création. Lorsque le défunt prononce le texte d’une formule, il active un large réseau d’analogies dont les éléments sont basés sur la mythologie et la théologie d’une ou plusieurs divinités du panthéon égyptien.

 

Magie persuasive et magie créatrice

 

Au cours de son voyage dans le monde souterrain, le défunt rencontre une multitude de divinités dont il se doit d’attirer les bonnes grâces pour qu’elles lui soient favorables. Armé de son exemplaire du Livre des morts, le défunt sait toujours qui il rencontre et ce qu’il doit lui dire pour avoir un pouvoir magique sur lui.

Dans certains chapitres, le défunt ne parle à personne. Cette absence d’auditeur s’explique par le fait que le défunt se trouve dans un contexte primordial. Il est comme le dieu créateur avant que le monde ne soit organisé. Le défunt doit obligatoirement dire ces mots car dans ce cas, il ne s’agit pas de communiquer avec des divinités déjà existantes mais de créer l’univers par la magie de la parole.

 

 Chaque fois qu’un défunt récite une formule il en est théoriquement l’auteur puisqu’il la réactive au moment de la prononciation. Mais les formules du livre des morts ont bien été rédigées une toute première fois. Les prêtres égyptiens ont identifié cet auteur premier. Dans leur esprit il s'agit d'une divinité, non nommée expressément, mais originaire d’Hermopolis. Il semble alors qu’il s’agisse du dieu Thot. La puissance magique de la formule est renforcée par son antiquité. Sa qualité est certifiée par le nom du prince Djédefhor, un fils de Khéops, qui selon la tradition fut un sage et un fin lettré.

Sépulture

 

La sépulture où repose la momie du défunt est magiquement protégée par la formule 151A du « livre des morts ». Elle consiste en une grande illustration qui occupe toute la hauteur du papyrus. Elle représente en quelque sorte la sépulture idéale ; celle qui est le mieux protégée par les forces divines. La puissance de cette image est renforcée par ses inscriptions magiques. Ces dernières rapportent les paroles de plusieurs divinités.

Au centre est représentée la momie couchée sur un lit funéraire à pattes et tête de lion. Dans certains exemplaires, non loin d'elle se tient l'âme-bâ du défunt. Le corps est protégé par la présence d'Anubis. La main du dieu de la momification touche l'emplacement du cœur assurant ainsi au défunt la pérennité de son existence. La protection de défunt est renforcée par la présence des deux sœurs d'Osiris, Isis lui garantit de respirer à nouveau et Nephtys lui assure qu'il conservera sa tête. Le contour de l'illustration montre les quatre murs de la sépulture. Chaque parois est protégée par une amulette ; deux mèches enflammée, un pilier Djed et une figurine d'Anubis couché. La formule 137A est plus spécialement consacrée à ce sujet car tout un rituel est nécessaire à leur installation dans des niches creusées dans les murs. La vignette comporte aussi la figuration et les discours des quatre fils d'Horus, Amset, Hâpi, Douamoutef et Kebehsenouf. Tous disent assurer au défunt la même protection que celle qu'ils exercent sur Osiris. Quant à l'âme-bâ du défunt, elle est représentée par deux fois. Tournée vers l'orient et vers l'occident en adoration, elle demande aux statuettes-ouchebti de participer à sa place aux corvées du monde de l'Au-delà.

 

Source : Wikipédia.org